L’incendie de la salle Panacée à Kinshasa remet brutalement la sécurité des établissements recevant du public au cœur du débat en République démocratique du Congo (RDC). Dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 septembre, une cérémonie de mariage a viré au drame dans cette salle située dans la commune de Lingwala. Le bilan officiel provisoire communiqué par les autorités fait état de 12 morts, dont sept femmes et cinq hommes, ainsi que plusieurs blessés.
Au-delà de l’émotion, cette tragédie pose une question essentielle; comment un incendie peut-il provoquer autant de victimes dans un lieu destiné à accueillir du public? Les premiers éléments disponibles évoquent notamment des difficultés d’évacuation. Selon des informations recueillies sur place, la salle ne disposait pas d’une véritable issue de secours, tandis que la fumée et la bousculade auraient aggravé le bilan humain. La cause exacte du départ de feu reste toutefois à déterminer par l’enquête.
Incendie de la salle Panacée, le problème dépasse le seul départ de feu
Un incendie dans une salle de fêtes ne devient pas nécessairement meurtrier en raison du feu lui-même. Le danger peut être démultiplié par l’absence d’issues de secours, une mauvaise circulation à l’intérieur du bâtiment, la surpopulation, des installations électriques défaillantes ou encore l’utilisation de matériaux et de décorations inflammables.
C’est précisément ce qui rend l’incendie de la salle Panacée préoccupant. Les premières constatations rapportées par les médias congolais indiquent que l’évacuation aurait été particulièrement difficile. Des témoins ont également évoqué une bousculade consécutive au mouvement de panique.
Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir pourquoi le feu est parti, mais aussi pourquoi autant de personnes n’ont pas pu sortir rapidement. C’est là que se situe une grande partie de la responsabilité en matière de prévention.
Contrôler les salles de fêtes, une réponse nécessaire, mais tardive
Face au drame, le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a ordonné le contrôle systématique des salles de fêtes et des autres lieux accueillant des manifestations publiques ou des activités de loisirs dans toutes les provinces. Les gouverneurs doivent agir avec la Direction générale de la protection civile et les services de sécurité. Tout établissement qui ne respecte pas les normes doit être immédiatement fermé. À Kinshasa, un rapport d’exécution est attendu dans un délai de quinze jours.
Cette décision répond à une urgence évidente. Mais elle soulève une interrogation; pourquoi attendre une catastrophe pour vérifier les conditions de sécurité de lieux qui accueillent régulièrement des centaines de personnes ?
Le contrôle annoncé ne devrait donc pas être une simple opération ponctuelle. Il devrait permettre de dresser un véritable état des lieux; capacité maximale des salles, nombre et largeur des sorties, accessibilité des issues de secours, conformité des installations électriques, présence d’extincteurs, signalisation, dispositifs d’alarme, accessibilité des services d’urgence et conditions d’intervention des pompiers.
De la fermeture aux sanctions, le défi de l’application des normes
La fermeture des établissements non conformes constitue un signal fort. Mais elle ne suffira pas si les contrôles restent occasionnels ou si les normes sont appliquées de manière inégale.
Le drame de Panacée pose ainsi la question de la chaîne de responsabilité. Propriétaires des salles, exploitants, services techniques, autorités municipales et provinciales, organismes chargés de délivrer les autorisations et services de sécurité doivent chacun répondre de leur rôle.
Il faut également éviter que la sécurité soit réduite à une question administrative. Une salle conforme sur le papier peut rester dangereuse si les règles ne sont pas respectées pendant les événements; dépassement de la capacité autorisée, obstruction des sorties, installations électriques provisoires ou absence de personnel formé à l’évacuation.
L’enquête sur l’incendie devra donc établir les causes du sinistre, mais aussi déterminer les éventuels manquements ayant transformé un incendie en catastrophe humaine.
La véritable leçon de la salle Panacée est finalement simple; contrôler après un drame est indispensable, mais prévenir avant le drame l’est davantage. Pour la RDC, l’enjeu est désormais de transformer l’émotion suscitée par cet incendie en une politique durable de sécurité des lieux publics. Si les contrôles annoncés débouchent sur des mises aux normes, des sanctions effectives et un suivi régulier, la tragédie de Kinshasa pourrait contribuer à éviter d’autres pertes de vies. Dans le cas contraire, le risque est de voir se répéter le même scénario après le prochain incendie.

