Fin juillet 2026, l’UNESCO a officiellement inscrit six médinas historiques de l’Union des Comores sur la Liste du patrimoine mondial. Réparties sur les îles de Grande Comore (Moroni, Ikoni, Itsandra, Ntsoudjini) et d’Anjouan (Mutsamudu, Domoni), ces cités-États, bâties pour certaines dès le XIIᵉ siècle, deviennent les tout premiers sites du pays à rejoindre ce répertoire prestigieux.
Cette décision consacre l’architecture swahilie et témoigne du rôle central joué par l’archipel dans le réseau d’échanges commerciaux et culturels reliant l’Afrique orientale, le Moyen-Orient et l’Asie. L’organisation urbaine de ces médinas, composées de palais, de mosquées, de places publiques et de murailles de défense reliés par un lacis d’étroites ruelles, reflète la puissance des anciens sultanats.
Au-delà de la valeur architecturale, la portée politique de ce classement est majeure. Comme l’a souligné le président comorien, cette reconnaissance permet à l’archipel d’affirmer la souveraineté de son propre récit historique, en se positionnant comme un carrefour actif d’échanges et de savoirs plutôt que comme une zone périphérique.
Les médinas, un état précaire face à l’exigence de préservation
Si cette inscription marque une victoire diplomatique, elle met également en lumière la fragilité physique de ce patrimoine. Aujourd’hui, bien que certaines soient encore peuplées, toutes ces médinas se trouvent dans un état de conservation précaire.
Le défi majeur réside dans le statut de ces espaces vivants. La dégradation naturelle des constructions anciennes, le manque de moyens financiers et les pressions urbaines menacent ces structures. Les associations de protection du patrimoine espèrent que ce classement mondial servira d’électrochoc pour engager des actions de restauration durables.
Les leviers d’un développement ambitieux
Pour les acteurs locaux, cette reconnaissance internationale impose la mise en place d’une stratégie nationale ambitieuse. Ce plan doit conjuguer la préservation du patrimoine bâti et la transmission des savoir-faire artisanaux indispensables aux travaux de rénovation.
Elle ouvre également la voie au développement d’un tourisme culturel, historique et architectural maîtrisé. Cette dynamique pourrait générer de nouvelles retombées économiques pour les habitants tout en finançant la sauvegarde des cités.
Une dynamique globale pour le patrimoine africain
L’inscription des médinas comoriennes s’inscrit dans un mouvement plus large d’enrichissement de la Liste du patrimoine mondial. Lors de cette même session, trois autres sites africains ont été distingués à savoir la ville bleue de Sidi Bou Saïd en Tunisie, le parc national de Boma au Soudan du Sud, ainsi que les plantations historiques de Sao Tomé-et-Principe.
Ce rééquilibrage témoigne d’une meilleure prise en compte de l’histoire et de la diversité du continent. Pour l’Union des Comores, cette labellisation constitue le point de départ d’une responsabilité partagée pour protéger durablement ces témoins précieux de l’histoire de l’océan Indien.

