Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni ce mercredi à New York pour un débat ouvert crucial dédié à la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits. Placé sous la présidence mensuelle de la République démocratique du Congo (RDC) et dirigé par sa Première ministre, Judith Suminwa, ce sommet a mis en lumière une réalité glaçante. Selon le rapport annuel présenté par Pramila Patten, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU, pas moins de 9 788 cas de violences sexuelles liées aux conflits ont été rigoureusement vérifiés par l’organisation au cours de l’année 2025. Ce volume représente plus du double de l’année précédente, provoquant une onde de choc au sein des délégations et relançant le débat sur l’impunité des bourreaux.
Violences, nature et méthodologie; comment l’innommable est documenté
Le rapport onusien définit les violences sexuelles liées aux conflits comme un ensemble d’exactions de gravité comparable incluant le viol, le viol collectif, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, les grossesses forcées, les avortements forcés ou encore les enlèvements à des fins d’exploitation sexuelle. En 2025, les principales victimes sont restées de manière écrasante les femmes et les filles, bien que des cas de torture par sévices sexuels sur des hommes et des garçons, principalement en milieu de détention, ainsi que des persécutions contre les personnes LGBTQI+ aient été formellement consignés. Les victimes recensées affichent des âges allant de 1 à 70 ans, et ces atrocités se soldent fréquemment par des assassinats post-viol ou des suicides de survivants.
Ces statistiques effroyables ont pu être établies grâce au déploiement sur le terrain d’experts dédiés, notamment des conseillers pour la protection des femmes (Women’s Protection Advisers). Cependant, Pramila Patten a fermement rappelé que ces chiffres ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Ce crime, marqué par la stigmatisation et la peur des représailles, souffre d’une sous-déclaration chronique : l’ONU estime que pour chaque cas documenté dans une clinique, 10 à 20 autres restent passés sous silence. De plus, l’accès humanitaire restreint, l’insécurité croissante et les coupes budgétaires drastiques ont lourdement entravé le travail de vérification en 2025.
La part de l’Afrique et la cartographie des bourreaux
Le continent africain paie un tribut particulièrement lourd à ce fléau, plusieurs de ses théâtres de guerre se trouvant à l’épicentre des pires exactions recensées par le mandat onusien. L’est de la République démocratique du Congo (RDC) et le Soudan figurent parmi les zones les plus touchées au monde, rejoints sur la scène internationale par des crises aiguës en Haïti, au Myanmar, en Ukraine ou au Proche-Orient. Le rapport de l’ONU liste nommément 77 parties jugées credibles et responsables de l’organisation de ces violences tactiques, dont 62 sont des groupes armés non étatiques et des milices rebelles.
La tragédie réside également dans la pérennité de l’impunité : plus de 65 % de ces groupes criminels figurent sur cette liste noire de l’ONU depuis plus de cinq ans sans jamais avoir mis en œuvre la moindre mesure corrective pour faire cesser les viols. Dans l’est de la RDC, de nouveaux groupes ont d’ailleurs été indexés cette année, à l’instar des éléments armés Wazalendo, des Forces nationales de libération et des Mai-Mai de l’UPLC. Par ailleurs, le rapport de 2025 marque un tournant politique majeur en intégrant pour la première fois des acteurs étatiques de premier plan, à savoir les forces armées et de sécurité de la Russie et d’Israël, toutes deux formellement impliquées dans des schémas de violences sexuelles documentés.
Résolutions et bras de fer diplomatique autour des sanctions
Face à la faillite des condamnations morales traditionnelles, la séance présidée par Judith Suminwa a vu l’émergence d’un consensus fort parmi plusieurs délégations occidentales et africaines en faveur d’un durcissement des réponses coercitives. La France, les États-Unis, l’Irlande, la Grèce, le Portugal, Malte et le Liberia ont unanimement plaidé pour un recours plus systématique et agressif aux régimes de sanctions ciblées du Conseil de sécurité. L’objectif est clair : inscrire formellement les violences sexuelles comme un critère autonome et systématique de désignation pour l’imposition de gels d’avoirs et d’interdictions de voyager.
En guise d’exemple, Washington a rappelé avoir actionné ses propres leviers en sanctionnant trois commandants des Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan en février, puis des chefs militaires du M23 et des forces démocratiques alliées (ADF) opérant en RDC le mois dernier. Appuyant cette dynamique, la Première ministre congolaise a réclamé la mobilisation sans concession des comités de sanctions de l’ONU afin de traquer non seulement les exécutants, mais aussi les réseaux financiers, politiques ou criminels qui tirent profit de ces violences érigées en armes de guerre.
Cette fermeté s’est toutefois heurtée aux fractures géopolitiques habituelles du Conseil de sécurité. La Chine a mis en garde la communauté internationale contre tout risque de « politisation » de ces mécanismes d’assistance. De son côté, la Russie a frontalement contesté la méthodologie d’enquête des Nations unies, dénonçant un usage à des fins d’ingérence politique des listes de redevabilité établies par le Secrétariat général. Malgré ces clivages, l’ONU maintient ses trois grandes priorités opérationnelles pour l’année à venir; accélérer le déploiement des conseillers à la protection, accroître massivement le financement des cliniques mobiles et des services d’aide juridique aux survivants, et briser définitivement le mur de l’impunité.

