Une page importante de l’histoire sécuritaire de la République centrafricaine (RCA) est en train de se tourner. Après plus de dix ans de présence ininterrompue pour stabiliser le pays, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique a officiellement amorcé une nouvelle phase cruciale de son désengagement. Une cérémonie solennelle de rétrocession s’est tenue ce mercredi 10 juin 2026 à Mbaïki, le chef-lieu de la préfecture de la Lobaye, située à une centaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale.
Cet événement s’est déroulé en présence de Valentine Rugwabiza, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en RCA, du Premier ministre centrafricain Félix Moloua, des autorités locales et du corps diplomatique. Au total, ce sont sept bases stratégiques qui sont transférées sous le contrôle direct de l’État centrafricain, marquant un tournant où l’espoir de souveraineté nationale se mêle intimement à l’incertitude.
RCA, une reconfiguration géographique et un transfert lourd de responsabilités
L’opération de rétrocession ne se limite pas à la seule base de Mbaïki. Elle englobe un ensemble d’infrastructures clés réparties dans les localités de Bamingui, Dékoa, Dilapoko, Ippy, Kouango et Pombolo. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique de reconfiguration progressive du dispositif global de la force onusienne, visant à renforcer l’appropriation nationale des acquis en matière de sécurité.
En remettant les clés de ces bases au gouvernement de Bangui, la force internationale opère un transfert majeur de compétences. Les autorités nationales héritent désormais de responsabilités régaliennes de premier ordre, notamment la sécurisation globale des zones concernées, la protection des populations civiles face aux menaces résiduelles des groupes armés, l’appui logistique aux administrations locales, ainsi que l’entretien lourd des voies de communication indispensables au désenclavement économique. Pour le gouvernement centrafricain, cette étape est perçue comme une opportunité historique d’accélérer le déploiement des services publics et d’affirmer la souveraineté territoriale de l’État.
Le spectre du désengagement financier international
Ce retrait progressif de la force onusienne intervient dans un contexte géopolitique global particulièrement contraignant pour le multilatéralisme. La baisse drastique du financement international pèse lourdement sur la viabilité à long terme des grandes missions de maintien de la paix. La réduction notable des contributions financières occidentales, et plus particulièrement le désengagement budgétaire américain sous l’administration Trump, force les Nations unies à rationaliser leurs opérations sur le continent africain. Cette contrainte financière majeure accélère le calendrier de fermeture des bases et pousse la mission à restructurer sa présence, obligeant les États hôtes à assumer plus rapidement que prévu le coût financier et humain de leur propre sécurité.
Entre espoir de souveraineté et angoisse des populations locales
Sur le terrain, l’annonce de ce retrait suscite des sentiments profondément paradoxaux parmi les communautés locales. Pour une partie de l’opinion et des dirigeants à Bangui, cette transition est le signe tangible d’une consolidation des capacités militaires nationales. Elle symbolise le retour progressif des institutions républicaines et de l’autorité de l’État dans des régions longtemps restées en marge du pouvoir central.
L’incertitude et la peur du vide sécuritaire; à Mbaïki et dans les autres localités concernées, le départ des casques bleus alimente de vives inquiétudes au sein de la population. Les habitants redoutent que le retrait de la force internationale ne crée un vide sécuritaire immédiat que les forces armées centrafricaines (Faca), encore en phase de montée en puissance, peineraient à combler. La présence de la mission onusienne agissait comme un puissant facteur de dissuasion, et sa disparition fait naître la crainte d’une résurgence des tensions intercommunautaires ou d’incursions de bandes criminelles.
La réussite de cette nouvelle phase dépendra de la capacité réelle de Bangui à projeter des forces de sécurité crédibles, disciplinées et bien équipées dans ces sept zones stratégiques, afin de transformer ce retrait international en une véritable victoire pour la paix durable.

