Visite historique! L’axe Dodoma-Moscou vit un tournant diplomatique majeur. Pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, un chef d’État tanzanien foule le sol russe. La présidente de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, est arrivée à Moscou pour une visite officielle du 3 au 5 juin 2026. Ce déplacement, axé sur le renforcement des relations économiques, rompt une longue période de distance diplomatique et redéfinit la position de la Tanzanie sur la scène internationale.
Le caractère historique de cette visite repose avant tout sur une temporalité exceptionnelle. Il faut en effet remonter à 1969, en pleine Guerre froide, pour voir un dirigeant tanzanien se rendre en Russie, alors incarnée par l’Union soviétique. À l’époque, le père de la nation tanzanienne, Julius Nyerere, s’était rendu à Moscou pour consolider des alliances idéologiques.
Depuis cinquante-sept ans, les relations bilatérales s’étaient considérablement refroidies ou stabilisées au strict minimum diplomatique. En brisant ce statu quo d’un demi-siècle, Samia Suluhu Hassan marque une rupture nette avec la posture de réserve de ses prédécesseurs et inscrit son pays dans une dynamique de diversification agressive de ses partenariats.
Les enjeux économiques : de l’énergie au Forum de Saint-Pétersbourg
Le premier objectif affiché de ce voyage est purement pragmatique et commercial. La Tanzanie, en pleine expansion économique, cherche à attirer les investissements russes et à nouer des partenariats techniques dans des secteurs clés. Officiellement, la présidente Hassan vient négocier et conclure plusieurs accords bilatéraux. L’énergie et les mines sont deux secteurs où l’expertise technique russe (notamment via des géants comme Rosatom ou Gazprom) intéresse fortement la Tanzanie pour le développement de ses ressources extractives. L’ambition en agriculture est d’optimiser la productivité tanzanienne et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, notamment en engrais. Il s’agit pour les infrastructures et les transports, de soutenir les grands chantiers de modernisation logistique d’Afrique de l’Est.
Signe de l’importance de ce volet économique, la présidente tanzanienne participera également au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF). Cette tribune lui permettra de plaider la cause de l’attractivité tanzanienne devant un parterre d’hommes d’affaires russes et internationaux.
Une visite sur le fil du rasoir politique
Au-delà des contrats commerciaux, ce déplacement intervient dans un contexte politique international particulièrement sensible. Alors que la Russie cherche à briser son isolement diplomatique occidental provoqué par le conflit en Ukraine, chaque visite d’un dirigeant africain à Moscou est scrutée de près par les chancelleries occidentales.
Pour Samia Suluhu Hassan, l’enjeu consiste à maintenir la doctrine tanzanienne historique de non-alignement tout en profitant des opportunités offertes par la multipolarité mondiale. En s’affichant aux côtés de Vladimir Poutine, la présidente tanzanienne démontre que Dodoma refuse de céder aux pressions géopolitiques des blocs occidentaux, tout en veillant à ne pas compromettre ses relations économiques existantes avec l’Europe ou les États-Unis. Un exercice d’équilibriste de haute voltige qui confirme le retour au premier plan de la diplomatie tanzanienne sur l’échiquier africain et mondial.

