Chaque année, la saison des pluies au Niger rime avec drame. En 2025, le pays a déjà enregistré au moins 47 morts et plus de 56 000 sinistrés, conséquence directe d’inondations qui frappent durement les zones vulnérables. Si le bilan reste pour l’instant inférieur à celui de 2024 où près de 400 personnes avaient péri et plus d’1,5 million d’habitants avaient été touchés, la menace demeure. La saison n’étant pas encore terminée, la peur grandit à mesure que les précipitations se poursuivent.
Au-delà du décompte macabre, ces catastrophes récurrentes exhibent une réalité plus profonde qu’est l’extrême fragilité du Niger face au dérèglement climatique. Dans ce pays sahélien déjà éprouvé par l’insécurité et la pauvreté, chaque pluie devient une épreuve nationale, accentuant la précarité et fragilisant davantage la résilience des populations.
Des inondations récurrentes, un coût humain et social lourd
Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, les inondations au Niger se répètent avec une intensité croissante. En 2025, 78 communes sur 265 sont déjà affectées, et les destructions concernent aussi bien les habitations précaires que les infrastructures vitales. Les autorités tentent de réagir, distribuant des vivres et rappelant les consignes de sécurité. Mais ces mesures demeurent insuffisantes face à l’ampleur des sinistres.
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Les dégâts ne sont pas seulement humains. L’effondrement des cultures et la perte de bétail aggravent l’insécurité alimentaire dans un pays où plus de 3 millions de personnes sont déjà en besoin d’aide humanitaire. L’année passée, l’effondrement d’une mosquée bicentenaire à Zinder avait rappelé que le patrimoine et l’histoire eux-mêmes ne sont pas épargnés par ces catastrophes. Ainsi, les inondations deviennent à la fois un drame humain, une menace économique et une érosion culturelle.
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Le dérèglement climatique, catalyseur d’une crise structurelle
Ce que vit le Niger n’est pas un hasard mais une conséquence directe de la crise climatique mondiale. Les précipitations, de plus en plus intenses et irrégulières, entraînent à la fois sécheresses prolongées et inondations brutales. Ce paradoxe illustre le piège sahélien : une région confrontée à la raréfaction des ressources et à des épisodes climatiques extrêmes.
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Or, la vulnérabilité du Niger est amplifiée par la faiblesse de ses infrastructures. Les systèmes de drainage sont quasi inexistants, l’urbanisation anarchique expose les populations à des zones inondables, et la pauvreté empêche l’anticipation. Ces catastrophes questionnent donc la capacité de l’État à planifier durablement l’aménagement du territoire. Elles rappellent aussi l’urgence d’une solidarité internationale plus forte, car le Niger, pays parmi les moins émetteurs de CO₂, paye l’un des prix les plus élevés du dérèglement planétaire.
Les pluies de 2025 confirment une vérité implacable : les catastrophes naturelles au Niger ne relèvent plus de l’exception, mais de la règle. Chaque saison des pluies se transforme en crise nationale, fragilisant les équilibres sociaux et économiques. Face à cette réalité, la réponse ne peut être uniquement humanitaire ou ponctuelle. Elle doit être structurelle, intégrant la lutte contre le changement climatique, l’adaptation des infrastructures et la protection des populations. Car derrière chaque victime et chaque maison effondrée, c’est le futur d’un pays sahélien déjà éprouvé qui s’effrite.
Sandrine A.

