La réélection de Guillaume Soro à la tête de Générations et peuples solidaires (GPS), alors que le mouvement reste juridiquement dissous en Côte d’Ivoire, remet son nom au centre du débat politique ivoirien. Seul candidat, l’ancien Premier ministre et ex-président de l’Assemblée nationale a obtenu le soutien de plus de 1 700 militants réunis en visioconférence. Derrière cette reconduction se joue toutefois une question essentielle. Quel avenir politique pour un leader toujours éloigné de son pays ?
Guillaume Soro maintient le cap depuis l’exil
Guillaume Soro vit toujours hors de Côte d’Ivoire. Il a quitté le pays en 2019 après sa rupture politique avec Alassane Ouattara et les poursuites engagées contre lui. Son parcours d’exil l’a notamment conduit en France, en Belgique, à Dubaï et dans plusieurs pays asiatiques. En novembre 2023, il avait annoncé la fin de son exil, mais sans annoncer de retour effectif à Abidjan. Il s’était alors installé sur le continent africain et avait notamment rencontré les autorités de transition au Niger et au Burkina Faso.
Sa situation reste liée à son dossier judiciaire. En 2020, il a été condamné à 20 ans de prison dans une affaire de détournement de deniers publics, puis, en 2021, à la réclusion à perpétuité pour atteinte à la sûreté de l’État. La justice ivoirienne avait également ordonné la dissolution de GPS. Ces condamnations ont été prononcées alors qu’il se trouvait hors du pays.
En 2023, le gouvernement ivoirien avait affirmé que Soro pouvait rentrer, tout en précisant que l’application des condamnations relevait de la justice. Autrement dit, la possibilité matérielle de rentrer ne signifie pas nécessairement une liberté politique ou judiciaire à son retour.
GPS cherche à exister malgré la dissolution
La réélection de Soro possède donc une portée particulière. Elle vise d’abord à démontrer que GPS conserve une capacité d’organisation malgré son interdiction judiciaire. Le mouvement considère que ses recours devant les juridictions ivoiriennes ne sont pas définitivement épuisés et continue, de fait, à fonctionner comme une organisation politique.
Mais cette stratégie comporte une limite majeure, l’absence prolongée de son fondateur du territoire ivoirien. Une organisation politique peut conserver ses réseaux à distance, mais la mobilisation électorale repose généralement sur une présence locale, une implantation territoriale et la capacité à participer directement au débat public.
C’est pourquoi l’un des huit axes annoncés par Soro, l’implantation de GPS, est particulièrement significatif. Il suggère une volonté de transformer une organisation essentiellement structurée autour de son leader en véritable appareil politique capable d’exister sur le terrain.
Le retour au pays, principal verrou politique
La question du retour demeure néanmoins centrale. Tant que Guillaume Soro reste à l’extérieur, sa capacité à reconstruire une influence politique en Côte d’Ivoire reste difficile à mesurer.
Son retour constituerait surtout un test pour les rapports entre justice, opposition et réconciliation politique. Le gouvernement ivoirien avait publiquement déclaré en 2023 qu’il pouvait rentrer, mais que les décisions judiciaires seraient appliquées. Cette situation crée donc un paradoxe. Soro affirme vouloir participer à la vie politique ivoirienne, tandis que son avenir judiciaire continue de conditionner sa présence dans le pays.
Quel avenir politique pour Guillaume Soro et son mouvement ?
La réélection à la tête de GPS ne signifie donc pas automatiquement un retour de Soro sur la scène politique ivoirienne. Elle constitue plutôt un signal de maintien politique. Le mouvement cherche à montrer qu’il n’a pas disparu malgré sa dissolution et que son leader conserve une base militante.
La véritable inconnue se situe désormais dans la capacité de GPS à convertir cette fidélité militante en implantation politique concrète en Côte d’Ivoire. Pour cela, trois facteurs seront déterminants à savoir l’évolution du dossier judiciaire de Soro, les conditions éventuelles de son retour et la capacité de GPS à reconstruire des structures locales.
L’ancien chef rebelle, Premier ministre puis président de l’Assemblée nationale reste ainsi une figure singulière de la politique ivoirienne. Son parcours rappelle aussi que, depuis la crise politique des années 2000, la question de la réconciliation en Côte d’Ivoire reste étroitement liée au sort des principaux acteurs de cette histoire. Des analystes avaient déjà souligné que cette réconciliation ne pouvait être durable sans inclure l’ensemble des protagonistes de la crise ivoirienne.

