Dans les prochains jours, l’attention du monde se tournera vers New York, où les chefs d’État africains s’adresseront à l’AG des Nations unies (22 >28/09) sur un thème qui relie le continent plus étroitement qu’aucun autre : Ne laisser personne de côté, agir ensemble pour la paix, le développement durable et la dignité humaine des générations présentes et futures…
Une contribution de Abdou SAMB
Président de la Fondation Abdou Samb
Ambassadeur honoraire auprès du Parlement panafricain pour la diaspora
Ne laisser personne de côté commence par ne pas laisser de côté sa propre majorité. Avant de parler au monde de la dignité des générations à venir, l’Afrique doit dire si elle est prête à donner une place réelle à la génération déjà là.
En février 2026, lors de la 39e session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine à Addis-Abeba, j’ai souligné une faille structurelle. En reconnaissant la diaspora comme « sixième région » le 11 juillet 2003, l’Union a pris en compte ceux que la géographie avait éloignés du continent. Elle n’a pas encore traité une exclusion tout aussi profonde : celle de sa jeunesse. L’exclusion générationnelle n’est pas moins contraire aux principes panafricains que l’exclusion géographique.
Au fil des mois suivants, à travers des consultations avec des acteurs de l’Union africaine et de la diaspora, la proposition a été affinée. Le 16 juin, à Johannesburg, plus de mille jeunes Africains l’ont reprise et affirmée avec force : leur reconnaissance formelle comme septième région du continent. Les équipes de la Fondation ont ensuite porté cette dynamique à Bujumbura, lors des célébrations des vingt ans de la Charte africaine de la jeunesse.
L’idée a rencontré un écho favorable. Elle est séduisante. Elle est juste. Elle est même, à bien des égards, nécessaire. Mais un accueil favorable n’est pas encore une transformation. C’est parfois le moment même où les idées risquent le plus de s’édulcorer. C’est précisément pour cela que nous ne pouvons pas nous permettre qu’elle se fige en simple symbole.
« Lui donner une voix,
un budget, un pouvoir »
La sixième région est l’avertissement. La décision de 2003 a constitué une avancée historique. Elle a affirmé que ceux que la migration avait séparés du continent restent partie prenante de son destin. Plus de vingt ans plus tard, cependant, cette reconnaissance ne s’est pas traduite par une influence équivalente : statut consultatif sans droit de vote au Conseil exécutif, budget marginal, présence intermittente dans les arbitrages majeurs. Ce sont les leçons qu’il faut tirer pour la septième région : afin que la reconnaissance symbolique ne soit jamais confondue avec la transformation.
Pendant des décennies, l’Afrique a parlé de ses jeunes comme de son « avenir » — une formule commode, qui permet de tout promettre et de presque rien donner. La jeunesse africaine — plus de 60 % de la population du continent — reste largement absente des institutions qu’elle est censée hériter. Selon l’Union africaine elle-même, moins de 5 % des postes de direction dans les institutions continentales sont occupés par des personnes de moins de 35 ans.
En faire une région, c’est lui offrir une voix, un budget et un pouvoir. C’est une révolution institutionnelle. Mais les révolutions institutionnelles ont un défaut : elles peuvent absorber sans transformer. Elles ouvrent des sièges tout en préservant les logiques qui ont longtemps tenu ces mêmes jeunes à distance. C’est précisément ce qu’il faut éviter.
C’est pourquoi l’accès ne peut reposer sur la cooptation. Il doit reposer sur le mérite : la possibilité réelle pour les compétences d’accéder aux responsabilités, indépendamment des réseaux. Sans cela, la septième région reproduirait les blocages qu’elle prétend corriger.
Elle doit donc être un instrument, et non un honneur : une véritable capacité d’initiative, des ressources propres pour agir, et un contrôle public de son impact — le tout adossé à des règles d’accès fondées sur le mérite plutôt que sur la cooptation. La médiane d’âge en Afrique est de 19 ans ; celle de ses chefs d’État dépasse largement les 60 ans. Réduire cet écart exige des institutions capables d’ouvrir des voies — et d’en répondre.
La septième région n’est pas un cadeau que l’Union africaine ferait aux jeunes. C’est un héritage que nous construisons pour eux — un héritage qui ne vaudra que par la rigueur des règles sur lesquelles il repose.
Le talent sans opportunités reste une promesse en souffrance. Une opportunité mal construite peut aussi devenir une cage.
Faut-il vraiment donner un siège à la jeunesse africaine ? Oui — si ce siège est un commencement, et non une fin. Un levier, et non un symbole de plus.
La question n’est plus de savoir si l’Afrique doit parler au monde, mais si elle est prête à se parler à elle-même. New York est la tribune. La septième région est l’instrument. Reste à ce qu’elle ne finisse pas comme la sixième : une reconnaissance sans transformation.

