Ce mardi 2 décembre 2025, le président du Conseil togolais a tracé les contours d’une nouvelle ère institutionnelle dans un discours programme ambitieux devant le Parlement. Pour la première fois sous la Ve République, Faure Gnassingbé s’est présenté devant le Parlement non plus en tant que président de la République, mais comme président du Conseil, fonction qu’il occupe depuis mai 2025. Dans un discours de politique générale dense et structuré, le dirigeant togolais a exposé sa vision pour cette nouvelle ère institutionnelle, articulée autour de trois axes stratégiques : protéger, rassembler et transformer.
- Une nouvelle architecture institutionnelle au service de la démocratie parlementaire
- Un appel à un nouveau contrat démocratique
- Trois priorités pour guider l’action gouvernementale
- Protéger : sécurité, stabilité et rayonnement diplomatique
- Rassembler : cohésion nationale et équité territoriale
- Transformer : développement économique et modernisation
- Modernisation de la justice et mesures de grâce
- Une gouvernance axée sur les résultats
- Quelle lecture de ce discours ?
- Une nouvelle page s’ouvre
Ce discours intervient dans un contexte de profondes mutations institutionnelles. Depuis l’adoption de la réforme constitutionnelle en mars 2024 et sa mise en œuvre effective en mai 2025, le Togo est passé d’un régime semi-présidentiel à un régime parlementaire moderne. Cette transformation marque officiellement l’entrée du pays dans sa Ve République.
Une nouvelle architecture institutionnelle au service de la démocratie parlementaire
Faure Gnassingbé a d’emblée inscrit son discours dans la perspective d’un renouveau démocratique. La Ve République togolaise, fruit d’une réforme constitutionnelle adoptée avec 89 voix pour, une contre et une abstention, représente une révolution de l’esprit public plutôt qu’un simple réaménagement technique des institutions.
« Ce nouveau régime parlementaire que nous avons institué n’est pas une réforme technique, c’est une révolution de l’esprit public », a déclaré le président du Conseil, ajoutant que cette transformation va avoir « des conséquences concrètes pour nos concitoyens ».
Le président du Conseil a insisté sur le fait que ce changement s’est opéré sans rupture brutale, dans un esprit de dialogue et de consensus, faisant de l’Assemblée nationale le nouveau centre de gravité de la vie politique togolaise. « C’est désormais ici, dans cette Assemblée, que se détermine la politique de la nation », a-t-il affirmé avec solennité, transformant radicalement l’exercice du pouvoir dans le pays.
Cette transition institutionnelle modifie en profondeur le paysage politique togolais. Le poste de président de la République, occupé depuis mai 2025 par Jean-Lucien Savi de Tové, 86 ans, est devenu essentiellement honorifique, tandis que le président du Conseil concentre les prérogatives du pouvoir exécutif : conduite de la politique nationale, commandement des forces armées, représentation internationale et nomination aux emplois civils et militaires.
Un appel à un nouveau contrat démocratique
Au-delà de la redistribution des rôles institutionnels, Faure Gnassingbé a appelé à un changement profond de culture politique. Le régime parlementaire, selon lui, n’est pas qu’une question de procédures, mais implique davantage de débats, de redevabilité, de transparence et de proximité avec les citoyens.
Il a ainsi clairement défini les responsabilités de chacun dans ce nouveau système : « La majorité parlementaire porte avec moi la responsabilité de l’action, l’opposition à celle de la vigilance et de la proposition », précisant que tous sont « les artisans du pacte démocratique » qui doit unir le pays dans la conduite du changement.
Le président du Conseil a également souligné l’importance de la décentralisation dans cette nouvelle République, avec les conseils régionaux élus pour la première fois incarnant la volonté des citoyens dans leur diversité territoriale. « Les disparités d’accès aux services de base, aux infrastructures, aux opportunités ne sont plus acceptables », a-t-il martelé, ajoutant que « la géographie ne doit plus être un facteur de destin ».
Trois priorités pour guider l’action gouvernementale
Protéger : sécurité, stabilité et rayonnement diplomatique
Face à un environnement régional marqué par l’instabilité sécuritaire, notamment au nord du Togo où les menaces terroristes se font sentir, Faure Gnassingbé a placé la protection comme première priorité de son gouvernement. « Dans un monde marqué par l’instabilité, par les menaces sécuritaires, par les chocs climatiques ou économiques, la mission première d’un gouvernement responsable est de garantir la sécurité, la stabilité et la résilience », a-t-il souligné.
Cette protection s’entend au sens large : sécurité des citoyens, défense de l’intégrité territoriale, mais aussi protection sociale contre la précarité.
Le président du Conseil a annoncé la poursuite d’une stratégie globale de sécurité fondée sur la prévention, la diplomatie et le respect des droits, combinant sécurité de proximité, résilience communautaire et développement intégré des zones vulnérables. Cette approche inclut l’extension des filets sociaux et la garantie de l’accès aux services de base : soins, eau, énergie et éducation.
Sur le plan diplomatique, le Togo entend maintenir sa posture de médiateur reconnu sur le continent africain et de partenaire fiable pour la paix. Le pays, qui a joué un rôle actif dans plusieurs médiations régionales, notamment au Mali, au Tchad et dans la crise RDC-Rwanda en 2025, poursuivra selon son dirigeant une diplomatie de stabilité et d’influence.
« La voix du Togo portera pour la paix, l’intégration régionale, le panafricanisme moderne et les partenariats stratégiques », a déclaré Faure Gnassingbé, qui a été récemment désigné pour représenter l’Afrique auprès des institutions financières internationales dans les discussions sur la restructuration de la dette continentale.
La diplomatie économique constituera également un axe majeur, avec l’ambition de faire du Togo un acteur de confiance dans les secteurs stratégiques : sécurité, numérique, transition énergétique et logistique continentale.
Rassembler : cohésion nationale et équité territoriale
La deuxième priorité énoncée par le président du Conseil vise à construire une République d’équité où chaque citoyen, quel que soit son lieu de résidence, bénéficie d’un égal accès aux droits fondamentaux. « Rassembler, cela veut dire gouverner pour tous les Togolais, sans exclusion, sans privilège, sans complaisance », a-t-il déclaré avec fermeté.
Cette ambition s’articule autour de plusieurs axes concrets.
D’abord, la consolidation de la décentralisation, qui ne doit pas rester un slogan mais devenir une dynamique vivante. Le gouvernement accompagnera les collectivités régionales et communales pour qu’elles deviennent de véritables pôles de décision et de développement, avec des moyens d’action renforcés et un soutien à l’investissement local.
Ensuite, la promotion d’une culture démocratique renouvelée, passant par l’encouragement de la participation citoyenne et le renforcement de la transparence. Faure Gnassingbé a notamment tendu la main à l’opposition, reconnaissant son rôle de vigie utile et de force de proposition nécessaire dans une démocratie parlementaire. « Mon gouvernement tendra donc la main à toutes les forces représentées dans cette Assemblée et au Sénat, car c’est dans la diversité des opinions que nous construirons des politiques plus justes, plus efficaces, plus légitimes », a-t-il affirmé.
Enfin, la correction des inégalités territoriales constitue un engagement fort. Le président du Conseil a insisté sur le fait que la géographie ne doit plus être un facteur de destin, et que chaque projet national devra tenir compte des déséquilibres territoriaux pour les corriger, qu’il s’agisse d’infrastructures routières, d’écoles ou d’accès aux services numériques.
Transformer : développement économique et modernisation
Le troisième axe stratégique concerne la transformation économique et sociale du pays. Face à un contexte difficile marqué par la crise climatique, l’insécurité régionale, les tensions géopolitiques et la baisse de l’aide internationale, le Togo entend néanmoins franchir un cap dans son développement. « Il ne s’agit plus de gérer l’existant, mais de changer d’échelle », a martelé le président du Conseil.
Faure Gnassingbé a présenté un programme ambitieux structuré autour de dix grands chantiers : éducation, santé, accès à l’eau, électricité, emploi des jeunes, sécurité alimentaire, inclusion financière, justice territoriale, transition écologique et digitalisation. Chaque axe fera l’objet d’un pilotage resserré et d’une redevabilité renforcée, avec des objectifs clairs, mesurés et suivis via un tableau de bord gouvernemental.
Le président du Conseil a souligné la nécessité de renforcer les infrastructures, d’investir dans les secteurs porteurs (agriculture, logistique, industrie verte), et de miser sur l’innovation et le capital humain. La transition numérique, la transformation agricole, l’industrialisation durable et la réforme de l’éducation et de la santé constituent les piliers de cette ambition de transformation.
L’inclusion sociale occupe également une place centrale dans cette vision, avec une attention particulière portée aux femmes, aux jeunes, aux travailleurs du secteur informel, aux personnes vivant avec un handicap et aux familles rurales. « Une République forte, c’est enfin une République qui n’abandonne personne », a souligné Faure Gnassingbé. Les politiques de protection sociale, d’appui à l’entrepreneuriat et de couverture maladie universelle visent à construire une République qui tient cette promesse.
Modernisation de la justice et mesures de grâce
Dans une séquence importante de son discours, Faure Gnassingbé a réaffirmé sa conviction qu’il n’y a pas de République forte sans justice moderne et efficace. « Moderniser la justice, c’est garantir à chaque citoyen un accès plus simple, une réponse plus rapide, une institution plus fiable », a-t-il déclaré, annonçant la poursuite de la modernisation du système judiciaire.
Le président du Conseil a également évoqué des mesures de grâce concernant les détenus purgeant une longue détention, ceux ayant commis des délits mineurs, les détenus âgés en fin de peine ou gravement malades. Il a toutefois tenu à préciser fermement : « Je veux être clair, il ne s’agit en aucun cas de laxisme. Les réformes que nous conduisons ne concernent ni les crimes de sang, ni les atteintes graves à l’intégrité physique ou à la vie. »
Cette approche s’inscrit dans une volonté de préserver la dignité humaine dans les établissements pénitentiaires et de permettre la réinsertion sociale des personnes qui recouvreront leur liberté. Elle s’accompagnera d’une lutte continue contre la corruption et d’un effort pour garantir l’accès aux droits à tous les Togolais, quel que soit leur lieu de résidence ou leur condition sociale.
Une gouvernance axée sur les résultats
Conscient que définir des objectifs ne suffit pas, Faure Gnassingbé a détaillé la méthode de gouvernance qu’il entend mettre en œuvre. Le président du Conseil veut que son mandat soit jugé non sur ses intentions, mais sur ses résultats concrets et mesurables.
Chaque ministre sera engagé sur des objectifs clairs et suivis, avec un calendrier, un budget et un responsable identifié pour chaque projet. Un tableau de bord gouvernemental permettra un pilotage rigoureux et une communication transparente avec le Parlement et les citoyens. Cette culture de l’évaluation et de la performance devient ainsi un impératif dans la nouvelle République.
Au-delà des outils de suivi, c’est l’exigence d’exemplarité qui guidera l’action gouvernementale. Les membres du gouvernement viendront régulièrement devant l’Assemblée nationale pour rendre compte, ajuster et corriger. Cette redevabilité permanente constitue, selon le président du Conseil, le fondement même d’une république parlementaire qui se construit dans l’humilité du dialogue et la fermeté des engagements.
Quelle lecture de ce discours ?
Le discours de Faure Gnassingbé ce 2 décembre 2025 peut être analysé sous plusieurs angles. D’un côté, il marque une continuité certaine avec la politique menée depuis 2005, notamment en matière de développement économique, d’investissements dans les infrastructures et de positionnement diplomatique du Togo comme médiateur régional.
De l’autre, il tente d’insuffler une dynamique nouvelle en inscrivant pleinement cette action dans le cadre rénové de la Ve République. L’accent mis sur le rôle central du Parlement, sur la redevabilité, sur la participation citoyenne et sur la décentralisation donne du crédit à l’idée que cette réforme constitutionnelle n’est pas qu’un artifice pour prolonger un règne, mais bien une transformation en profondeur du fonctionnement démocratique du pays.
Le président du Conseil a d’ailleurs multiplié les références à l’équilibre des pouvoirs, à la nécessité du débat et au rôle légitime de l’opposition, cherchant à construire une image de leader parlementaire soucieux du consensus plutôt que celle d’un autocrate cherchant à contourner les limites constitutionnelles.
Une nouvelle page s’ouvre
Le discours de Faure Gnassingbé devant le Parlement ce 2 décembre 2025 constitue indéniablement un moment politique important dans l’histoire du Togo. Il marque l’entrée en phase opérationnelle de la Ve République, avec un président du Conseil qui assume pleinement ses responsabilités devant la représentation nationale.
Les trois priorités énoncées (protéger, rassembler, transformer), les dix grands chantiers annoncés et l’engagement sur une gouvernance de résultats dessinent un programme ambitieux qui pourront transformer significativement le pays.
Le Togo se trouve à un tournant de son histoire. La nouvelle architecture institutionnelle peut effectivement ouvrir la voie à une gouvernance plus équilibrée, plus participative et plus efficace. Comme l’a conclu Faure Gnassingbé dans son discours : « La République est entre nos mains. » Cette responsabilité collective est désormais à l’épreuve des faits.
DISCOURS SUR L’ÉTAT DE LA NATION DEVANT LE PARLEMENT
Steven Edoé WILSON

