La découverte successive des corps de femmes dans l’est de Johannesburg a provoqué une nouvelle onde de choc en Afrique du Sud. Depuis juillet 2026, plusieurs femmes ont été retrouvées mortes dans la municipalité d’Ekurhuleni, autour de Kempton Park et d’autres localités du Gauteng. Face à l’ampleur de l’émotion, le président Cyril Ramaphosa s’est adressé à la nation et a annoncé une série de mesures d’urgence contre les violences faites aux femmes.
L’urgence actuelle ne tient donc pas seulement à l’adoption de nouvelles mesures. Elle met surtout en lumière les difficultés persistantes de prévention, d’enquête et de protection qui permettent à ces violences de continuer à se répéter.
Une réponse d’urgence à une crise qui ne date pas d’hier
La réaction de Cyril Ramaphosa intervient dans un contexte particulièrement sensible. Le gouvernement avait déjà placé la lutte contre les violences basées sur le genre et les féminicides parmi ses priorités, et le pays avait classé ces violences comme catastrophe nationale en novembre 2025. Pourtant, les nouveaux meurtres montrent la persistance d’une insécurité qui continue de toucher les femmes dans leur vie quotidienne.
Le président a reconnu que les efforts engagés jusqu’ici n’avaient pas permis de protéger suffisamment les femmes. Parmi les nouvelles mesures annoncées figurent notamment un audit national de la sécurité des femmes, qui doit identifier dans un délai de 60 jours les zones à risque; rues mal éclairées, bâtiments abandonnés ou espaces publics insuffisamment sécurisés; ainsi qu’une réévaluation des affaires de violences basées sur le genre non résolues.
Une équipe d’enquête spécialisée a également été mobilisée à Ekurhuleni. Cette réponse traduit une volonté de traiter simultanément deux dimensions du problème; empêcher de nouvelles agressions et améliorer la capacité de l’État à identifier les auteurs.
Le véritable défi, passer des annonces à la protection
C’est précisément à ce niveau que se situe l’un des principaux enjeux. Depuis plusieurs années, l’Afrique du Sud dispose de stratégies, de lois et de structures consacrées à la lutte contre les violences faites aux femmes. Pourtant, les organisations de défense des droits des femmes dénoncent régulièrement les insuffisances dans la prise en charge des victimes, le manque de ressources des structures d’accueil et les difficultés liées à l’application des mesures de protection.
Le gouvernement lui-même avait déjà élaboré une stratégie d’urgence après les premiers meurtres recensés à Ekurhuleni. Celle-ci prévoyait notamment une enquête multidisciplinaire spécialisée, une meilleure coordination entre les services de sécurité et un accompagnement des victimes et des familles.
L’enjeu du nouveau plan sera donc moins de produire une nouvelle déclaration que de mesurer ce qui change concrètement sur le terrain. Les délais annoncés constituent à cet égard un premier élément vérifiable; 60 jours pour l’audit des zones dangereuses, 90 jours pour la révision des dossiers non résolus et des mesures spécifiques concernant notamment les violences liées à la consommation excessive d’alcool.
La responsabilité ne peut pas être reportée sur les femmes
Un autre aspect important du discours présidentiel concerne la responsabilité collective. Face aux recommandations invitant parfois les femmes à éviter certains lieux ou à ne pas se déplacer seules, des associations ont dénoncé le risque de faire peser sur les victimes la responsabilité de leur propre sécurité.
Le débat est essentiel. Améliorer l’éclairage public, renforcer les patrouilles ou sécuriser les espaces isolés peut réduire certaines vulnérabilités, mais cela ne règle pas les causes profondes des violences sexistes. Ramaphosa a lui-même insisté sur la nécessité pour les hommes de prendre davantage leurs responsabilités et de combattre les comportements violents ou misogynes dans leur entourage.
Enfin, la prudence reste nécessaire sur la nature exacte des meurtres d’Ekurhuleni. Les autorités n’ont pas établi que toutes les victimes avaient été tuées par un même auteur ou dans le cadre d’une série organisée. Plusieurs arrestations ont eu lieu dans certaines affaires, tandis que les autres investigations se poursuivent.
Le drame dépasse donc la seule recherche d’un éventuel tueur en série. Il remet en lumière une crise structurelle de violences faites aux femmes en Afrique du Sud. Pour le président, le véritable test commence désormais après le discours. La question sera de savoir si l’audit, les enquêtes renforcées et les engagements annoncés permettent effectivement de rendre les espaces publics plus sûrs, d’améliorer le traitement des plaintes et de réduire l’impunité.
L’urgence n’est plus seulement de reconnaître la gravité des féminicides. Elle est de démontrer, par des résultats mesurables, que les dispositifs de protection de l’État fonctionnent.

