Au Bénin, la fièvre politique monte d’un cran avec la proposition de projet de société de Romuald Wadagni. Désigné pour porter l’héritage du système Talon, l’actuel ministre des Finances joue une partition délicate. Dans un paysage politique où une partie de l’opinion perçoit l’issue du scrutin comme jouée d’avance, le candidat et sa colistière Mariam Chabi Talata déploient une stratégie d’argumentation offensive pour transformer la résignation en mobilisation active.
Le premier pilier de cette offensive repose sur la promesse d’un tournant social majeur. Après une décennie marquée par des réformes structurelles rigoureuses et parfois impopulaires, Romuald Wadagni tente de convaincre que le temps de la récolte est arrivé. Son discours s’articule autour de la redistribution des fruits de la croissance macroéconomique vers le panier de la ménagère. En s’appuyant sur sa maîtrise des rouages financiers, il promet une accélération des investissements dans les services de base, notamment la santé universelle et l’éducation, afin que chaque citoyen ressente l’impact des grands chantiers nationaux dans son quotidien.
Au-delà des chiffres, c’est l’image même du candidat qui sert d’argument de vente. En se présentant comme le visage d’une nouvelle génération de technocrates africains, Romuald Wadagni cherche à incarner la modernité et l’efficacité. Il ne se définit pas seulement comme un héritier, mais comme le garant de la crédibilité internationale du Bénin. Pour ses partisans, son expertise est le rempart nécessaire contre tout risque d’instabilité économique, un argument qui résonne particulièrement auprès d’une classe moyenne soucieuse de préserver les acquis de ces dernières années.
Toutefois, le plus grand défi reste celui de la légitimité par les urnes. Face au sentiment que les dés sont « pipés d’avance », le camp présidentiel mise sur la force tranquille des grands blocs politiques, l’UPR et le BR, pour quadriller le terrain. L’argumentaire de mobilisation insiste sur la nécessité d’une victoire éclatante pour consolider la paix sociale et poursuivre la transformation du pays sans rupture brutale. Pour le duo Wadagni-Talata, l’enjeu n’est plus seulement de gagner, mais de prouver que leur projet suscite une véritable adhésion populaire capable de transcender les doutes sur l’ouverture du jeu démocratique.

