La crise en Éthiopie prend une nouvelle dimension régionale. Réunis dimanche 4 octobre 2026 à El-Alamein, en Égypte, les présidents égyptien, érythréen et somalien, ainsi que le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhane, ont affiché leur volonté de renforcer la coopération sécuritaire et économique dans la Corne de l’Afrique. Une rencontre qui intervient au moment où les combats reprennent au Tigré et où les relations entre Addis-Abeba et plusieurs de ses voisins restent marquées par la méfiance.
Éthiopie, le retour des tensions au Tigré inquiète les voisins
La prise de contrôle de Mekele par l’armée fédérale éthiopienne constitue le principal élément de contexte de ce sommet. Après le retrait des forces du TPLF, les autorités fédérales ont repris le contrôle de la capitale régionale, tandis que la faction dissidente du TPLF alliée aux forces gouvernementales occupe plusieurs bâtiments officiels.
Mais la reprise de Mekele ne signifie pas nécessairement la fin des hostilités. Le repli des forces du TPLF et leur possible passage à une stratégie de guérilla font craindre une nouvelle phase du conflit. Pour les pays voisins, le risque est double, une prolongation de l’instabilité en Éthiopie et une éventuelle propagation des tensions au-delà des frontières.
C’est précisément cette perspective qui donne au sommet d’El-Alamein une portée particulière. L’Égypte, le Soudan, l’Érythrée et la Somalie ont tous des intérêts directs dans la stabilité de la région, mais entretiennent également des relations complexes avec Addis-Abeba.
Une convergence stratégique autour de la sécurité régionale
Le rapprochement entre les quatre pays ne constitue pas une alliance formelle dirigée explicitement contre l’Éthiopie. Leur communiqué final insiste au contraire sur le « bon voisinage », la « non-ingérence » et le règlement pacifique des différends.
Cette prudence diplomatique n’empêche toutefois pas de voir une convergence d’intérêts. Le Soudan est directement exposé aux conséquences des crises régionales. L’Érythrée partage une longue frontière avec l’Éthiopie et demeure profondément marquée par son histoire conflictuelle avec Addis-Abeba. La Somalie, elle aussi, observe avec attention l’évolution des rapports de force dans la Corne de l’Afrique.
Pour l’Égypte, l’enjeu est encore plus large. Le Caire cherche depuis plusieurs années à préserver ses intérêts stratégiques dans la région et à consolider ses relations avec les États voisins de l’Éthiopie.
Le Nil, l’autre dossier sensible
Derrière les préoccupations sécuritaires se trouve également un dossier qui oppose depuis longtemps l’Égypte et l’Éthiopie, le partage des eaux du Nil. Le différend autour du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne demeure l’un des principaux sujets de tension entre Le Caire et Addis-Abeba. Pour l’Égypte, qui dépend très fortement du Nil, toute modification durable des conditions d’écoulement du fleuve constitue un enjeu stratégique majeur.
La présence du Soudan à El-Alamein donne donc au sommet une dimension supplémentaire. Khartoum se trouve au cœur de cette question hydraulique, tout en étant confronté à sa propre guerre et aux recompositions géopolitiques de la région.
Le pari du dialogue face au risque d’escalade
Le message envoyé depuis El-Alamein apparaît ainsi comme un appel à contenir les tensions plutôt qu’à ouvrir un nouveau front diplomatique. En mettant en avant les solutions « pacifiques », les quatre dirigeants cherchent à éviter que les crises nationales ne se transforment en confrontation régionale.
Mais la portée réelle de cette déclaration dépendra de sa traduction concrète. La situation au Tigré, les relations entre Addis-Abeba et Asmara, le conflit soudanais, les tensions autour du Nil et les fragilités sécuritaires de la Somalie sont autant de dossiers susceptibles de se croiser.
Le sommet d’El-Alamein révèle surtout une réalité, la Corne de l’Afrique est devenue un espace où les enjeux militaires, diplomatiques, économiques et hydriques sont étroitement liés. La volonté affichée de privilégier le dialogue constitue donc un signal important. Reste à savoir si cette convergence diplomatique permettra réellement de réduire les tensions ou si elle ne sera qu’une réponse ponctuelle à une nouvelle phase d’instabilité en Éthiopie.

