La première visite officielle de Romuald Wadagni en France depuis son investiture, le 24 mai 2026, aura surtout été marquée par des annonces économiques. Reçu lundi 5 octobre à l’Élysée par Emmanuel Macron, le président béninois a échangé avec son homologue français sur l’avenir de la coopération entre Cotonou et Paris. À la sortie de cette rencontre, plusieurs engagements financiers ont été annoncés, pour un montant total de 65,5 milliards de francs CFA, soit près de 100 millions d’euros.
Au-delà de la portée symbolique de cette première visite officielle, les deux dirigeants ont abordé plusieurs secteurs considérés comme prioritaires pour le Bénin; énergie, agriculture, formation professionnelle, sécurité et culture. Une rencontre dont les résultats apparaissent donc davantage économiques et opérationnels que politiques.
65,5 milliards FCFA pour l’électricité et l’agriculture
Le principal résultat concret de la visite réside dans les nouveaux engagements financiers français. Deux conventions conclues avec l’Agence française de développement représentent à elles seules 61,9 milliards de francs CFA. À cette enveloppe s’ajoute une lettre de mandat de 3,54 milliards de francs CFA confiée à Bpifrance.
L’électricité concentre la plus importante partie de ces financements. Une enveloppe de 52,1 milliards de francs CFA doit permettre d’étendre le réseau de distribution électrique et de réaliser plus de 120 000 nouveaux branchements dans 750 localités réparties dans 15 communes.
Pour Cotonou, le choix de l’énergie répond à un enjeu majeur; accompagner l’extension des infrastructures tout en améliorant l’accès des populations à l’électricité. Le financement français vise ainsi un secteur qui touche directement les ménages, les entreprises et le développement des activités économiques.
L’agriculture constitue le deuxième grand axe financier. Près de 9,8 milliards de francs CFA doivent soutenir plusieurs filières, avec notamment 6,6 milliards destinés à la pisciculture. L’aviculture, la cuniculture ainsi que les productions protéagineuses et oléagineuses figurent également parmi les secteurs concernés.
De la coopération sécuritaire aux analyses ADN
La rencontre entre Emmanuel Macron et Romuald Wadagni ne s’est toutefois pas limitée aux financements. La coopération sécuritaire demeure un autre volet important du partenariat entre les deux pays.
La France poursuit notamment son accompagnement des forces béninoises à travers des programmes de formation. Cette coopération concerne notamment les pilotes d’hélicoptères et d’avions de reconnaissance ainsi que certaines unités spécialisées engagées dans la lutte contre les groupes armés dans le nord du Bénin.
Cotonou et Paris maintiennent cependant une position claire selon laquelle aucun contingent français de combat ne serait déployé sur le territoire béninois. Cette précision intervient dans un contexte régional marqué par le retrait progressif de la présence militaire française dans plusieurs pays du Sahel.
Autre annonce, moins visible mais potentiellement stratégique, c’est le développement de l’expertise médico-légale béninoise. Le mandat confié à Bpifrance doit contribuer au financement d’une plateforme de recherche, d’investigation et d’analyse médico-légale, avec notamment un important volet consacré aux analyses ADN et à la formation de spécialistes.
L’objectif est de permettre au Bénin de disposer progressivement de capacités nationales dans un domaine utile à la justice, aux enquêtes criminelles et à l’identification des victimes.
Les restitutions culturelles, l’autre dossier sensible
La dimension culturelle reste enfin un dossier délicat dans les relations entre Paris et Cotonou. Le Bénin réclame à la France la restitution de 35 nouveaux biens culturels, principalement liés aux anciens royaumes du Dahomey et de Porto-Novo.
Parmi les pièces citées figurent notamment le siège du roi Toffa de Porto-Novo et une statue liée au culte des forgerons. Cette nouvelle demande intervient après la restitution, en 2021, de 26 œuvres au Bénin.
Sur le plan politique, la rencontre permet surtout aux deux présidents d’afficher la continuité d’un partenariat que Paris présente désormais sous le registre d’une relation fondée sur la confiance et l’égalité. Pour Romuald Wadagni, cette première visite officielle en France permet surtout de traduire la relation bilatérale en engagements financiers concrets.
Le véritable test sera désormais celui de l’exécution. Les 65,5 milliards de francs CFA annoncés devront se traduire par des branchements électriques, des investissements agricoles, des formations et des capacités médico-légales opérationnelles. Il faut souligner que cette rencontre confirme une coopération pragmatique, centrée sur les infrastructures, l’investissement, la sécurité et le renforcement des capacités nationales. Le principal défi sera donc de transformer les engagements annoncés à l’Élysée en résultats mesurables sur le terrain.

