Le paysage institutionnel du Cameroun vient de subir son plus grand bouleversement depuis 1972. Le 4 avril 2026, le Parlement a adopté, à une écrasante majorité (205 voix contre 16), une révision constitutionnelle rétablissant le poste de vice-président de la République. Alors qu’un décret attribuant ce poste à Emmanuel Franck Biya circule avec insistance, la nation s’interroge sur les conséquences d’une telle concentration des pouvoirs.
Jusqu’ici, la Constitution prévoyait que l’intérim en cas de vacance du pouvoir revenait au président du Sénat. La réforme de 2026 change la donne. Le vice-président, nommé par le chef de l’État et non élu, devient le successeur constitutionnel immédiat pour achever le mandat en cours. « Ce n’est plus une transition parlementaire, c’est une transmission exécutive directe », analyse un politologue local.
Les implications majeures de cette nomination de Franck Biya
L’ascension de Franck Biya au poste de vice-président, couplée à ses nouvelles responsabilités militaires, redéfinit radicalement les équilibres du pouvoir au Cameroun. En devenant le « Responsable chef des armées » et ministre délégué à la Défense, il verrouille l’appareil sécuritaire, pilier central du régime, tout en mettant fin au long suspense sur la succession de Paul Biya.
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À 93 ans, le chef de l’État semble privilégier une continuité à la fois biologique et politique pour pallier l’incertitude, garantissant au futur titulaire de terminer le mandat présidentiel en cas de vacance. Cependant, cette concentration inédite des pouvoirs est perçue par l’opposition comme un « coup d’État constitutionnel » visant à instaurer une succession dynastique, un choix qui, s’il assure la stabilité du clan au pouvoir, risque d’attiser les tensions sociales et politiques dans un climat post-électoral déjà fragile.
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Pour les partisans du RDPC (parti au pouvoir), cette mesure garantit la stabilité de l’État et prévient tout vide institutionnel qui pourrait être exploité par des factions rivales ou des menaces sécuritaires (crise anglophone, Boko Haram). Cependant, le climat de contestation post-électorale rend cette transition délicate. L’absence d’onction universelle pour ce nouveau poste de vice-président pourrait fragiliser sa légitimité aux yeux de la société civile et de la communauté internationale.
Komla YAWO

