samedi, février 24 2024

Le Caire, l’une des dix villes les plus peuplées et les plus denses de la planète, abrite plus de 24 millions d’habitants. Cette mégapole égyptienne est tristement célèbre pour ses embouteillages interminables et subit une croissance démographique ahurissante, avec l’arrivée de 2 millions de nouveaux habitants chaque année.

À ce rythme effréné, la population du Caire pourrait presque doubler d’ici 2040 pour atteindre près de 40 millions d’âmes, soit presque autant que la population du Grand Tokyo, actuelle mégapole la plus peuplée au monde. Face à cette croissance spectaculaire et au débordement de ses infrastructures, le gouvernement égyptien a entrepris un projet vieux de 50 ans, sans cesse repoussé : la création ex nihilo d’une immense ville nouvelle au cœur du désert.

Un projet ambitieux pour soulager le Caire

Cette nouvelle capitale administrative, en construction depuis 2016 à 45 km à l’est du Caire, est une cité satellite sans précédent, bien différente des vingt autres villes nouvelles qui ont émergé autour du Caire depuis la fin des années 1970. Cette mégapole de 700 kilomètres carrés, sept fois la taille de Paris intra-muros, devrait accueillir six millions d’habitants au cours des vingt prochaines années.

Budgétisée à hauteur de 58 milliards de dollars, soit presque la moitié de la dette nationale, cette entreprise colossale est principalement financée par des investisseurs étrangers, en particulier des Émiratis, des Saoudiens et des Chinois. Ce projet pharaonique, qui est le plus grand chantier d’Afrique, éclipse même la construction du nouveau canal de Suez, inauguré en 2015 pour un montant de 8 milliards de dollars.

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Des infrastructures imposantes

Parmi les constructions grandioses prévues, on trouve le nouveau palais présidentiel et le parlement, ce dernier étant trois fois plus grand que l’actuel, avec un hémicycle colossal capable d’accueillir jusqu’à 1000 députés. On prévoit également la construction de 1200 lieux de culte, y compris la plus grande église du Moyen-Orient, la cathédrale de la Nativité du Christ, et la mosquée Al Fatah al Alim, la plus grande d’Égypte, toutes deux inaugurées en 2019.

Afin de relier la nouvelle capitale tout en évitant les embouteillages, les urbanistes ont planifié un vaste réseau de transport comprenant une autoroute à douze voies, deux nouvelles lignes de métro et un nouvel aéroport. Quant à l’approvisionnement en eau potable, il sera assuré par le Nil, dont l’eau sera acheminée via un aqueduc souterrain de 40 km de long.

Une ville du futur avec des défis économiques et sociaux

La nouvelle capitale administrative comprendra également un vaste parc résidentiel, des hôtels de luxe, d’immenses parcs et espaces verts, ainsi qu’un grand quartier d’affaires, orné d’une vingtaine de gratte-ciel modernes et surmonté de l’Iconic Tower, qui, du haut de ses 385 mètres, sera la plus haute tour d’Afrique. Elle symbolise les ambitions du pays et témoigne de l’essor de l’Égypte moderne.

Cependant, malgré cette grandeur, la nouvelle capitale sera confrontée à des défis majeurs. Avec des logements inaccessibles pour la majorité des habitants du métropole nilote, seules les classes moyennes et les plus aisées pourront s’y installer. Cela remet en question l’objectif initial du projet, qui est de soulager la surpopulation et les embouteillages de la capitale actuelle, car la plupart des Égyptiens n’auront pas les moyens de s’y établir.

Controverses et inquiétudes

La vision d’aménagement de la nouvelle capitale est fortement critiquée. En effet, ce rêve d’une Égypte moderne et prospère ne se réalise pas sans controverse. Certains critiquent ce projet, le surnommant déjà « Sissi-City », craignant un clivage entre la nouvelle ville opulente et l’ancienne capitale pauvre. Ils remettent en question l’authenticité culturelle de ce projet, le jugeant trop conforme aux normes internationales des grandes métropoles modernes.

Le succès de ce projet pharaonique suscite encore des interrogations. Il existe des précédents de villes nouvelles inachevées autour du Caire, avec parfois des taux d’occupation des logements aussi bas que 75% et des systèmes de transports en commun inexistants. L’avenir de cette nouvelle capitale, avec ses ambitions grandioses et ses enjeux sociaux et économiques, demeure incertain.

 

Steven Edoé Wilson

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