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Hier dimanche 06 août 2023, a pris fin l’ultimatum de la CEDEAO contre les putschistes ayant renversé le président élu Mohamed Bazoum. Mais la situation au Niger représente encore un défi majeur pour la CEDEAO et les pays de la région. Faut-il intervenir militairement ou de chercher une solution diplomatique ? Qu’importe, la décision judicieuse nécessitera une évaluation minutieuse des risques, des conséquences et des intérêts en jeu.

La stabilité politique, la sécurité régionale et le respect des principes constitutionnels sont autant d’aspects qui doivent être soigneusement pesés pour trouver la voie la plus appropriée vers une résolution durable. Entre diplomatie ou Force Militaire, la CEDEAO est au pied du mur et surtout à la croisée des chemins après l’expiration de son ultimatum. Son président en exercice, le nigérian Bola Tinubu qui a promis fermeté absolue contre les coups d’États subit son test grandeur nature face à la crise nigérienne. Va-t-il réussir à faire triompher la démocratie et par la même occasion l’instance sous régionale ? Est-ce les prémices de la fin de la CEDEAO après une perte continuelle de crédibilité ?

L’ultimatum de la CEDEAO, un coup de bluff ?

Avec la fin de l’ultimatum et la possibilité d’une intervention militaire, il est plus évident de croire que la CEDEAO a momentanément joué à la carte du bluff pour dissuader les militaires putschistes. Toutefois cela reflète un équilibre délicat entre les enjeux de sécurité, la stabilité régionale et la diplomatie. Aussi, cette fameuse intervention militaire reste une option qui peut avoir des conséquences imprévisibles sur la stabilité politique et sécuritaire non seulement au Niger, mais aussi dans toute la région ouest-africaine.

De plus le fait que l’ultimatum ait expiré sans que les putschistes ne cèdent le pouvoir crée une incertitude quant à la réaction de la CEDEAO. La menace d’une intervention militaire plane, mais il est difficile de prédire si elle sera mise en œuvre compte tenu des conséquences potentielles sur la région et de la résistance des forces armées nigériennes. Les réactions des pays voisins, tels que le Mali, le Burkina Faso, le Tchad et l’Algérie, soulignent les divisions au sein de la région concernant une éventuelle intervention militaire. Certains pays se montrent hostiles à cette idée, tandis que d’autres la perçoivent comme une menace sérieuse.

En tant que président de la CEDEAO et chef de l’État nigérian, Bola Tinubu se trouve dans une position délicate. La pression interne au Nigeria pour éviter toute escalade et intervention militaire pourrait influencer ses décisions. Son rôle de médiation et de coordination au sein de la CEDEAO pourrait jouer un rôle crucial dans la résolution de la crise.

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Des militaires prêts à en découdre

« Les forces d’une puissance étrangère s’apprêtent à agresser le Niger et son peuple », a annoncé les militaires du CNSP. Et de prévenir à la fin de l’ultimatum, « les forces armées nigériennes et les forces de défense et de sécurité sont prêtes pour défendre l’intégrité de notre territoire et l’honneur de notre patrie ». Ils promettent une riposte immédiate dès qu’une quelconque forme de violation de son intégrité territoriale serait constatée.

Le soutien affiché envers les militaires putschistes par une partie de la population nigérienne, comme en témoigne la mobilisation au stade de Niamey, indique une complexité dans la perception de la situation. Cela suggère que la crise a des implications politiques et sociales profondes qui doivent être prises en compte. Et l’ultimatum de la CEDEAO ne fait que renforcer le positionnement des militaires au pouvoir qui en tirent grand avantage sous fond de nationalisme face à l’envahisseur.

En somme une intervention militaire au Niger pourrait avoir des répercussions régionales en déstabilisant davantage la région ouest-africaine, tout en attirant l’attention de la communauté internationale. La recherche d’une solution pacifique reste cruciale pour éviter une escalade incontrôlée.

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Une CEDEAO assujettie à des défis complexes pour la démocratie

A la place d’un ultimatum et des menaces d’intervention militaire, des actions de prévention de la CEDEAO auraient été bénéfiques. « La Cédéao s’est engagée à mener vraiment une politique de prévention des conflits. Or, prévention des conflits, ce n’est pas ce qui est en train de se produire actuellement. La Cédéao ne brandit ce protocole que lorsqu’il s’agit de sanctionner les putschistes, mais jamais lorsque des signes en amont sont en train d’apparaitre, la Cédéao ne réagit pas », déplore Brigitte Ameganvi, porte-parole du collectif Tournons La Page International.

« Nous aurions préféré que la fermeté que la Cédéao exprime aujourd’hui – et qu’elle veut exprimer sous la forme d’une intervention militaire violente – qu’elle l’ait exprimée lorsque des Constitutions ont été modifiées, des élections ont été truquées ou que la corruption a gangréné… D’ailleurs, il y a un paradoxe, c’est que le général qui a fait le coup d’État à Niamey était lui-même mis en cause il y a quelques années sur les détournements des fonds qui ont été mis à disposition pour équiper l’armée nigérienne.

Alors en ce qui concerne le role de la CEDEAO, Il est important de noter que la situation est complexe et en évolution constante, et il est difficile de tirer des conclusions définitives quant à l’issue de la crise et aux conséquences pour la CEDEAO. Cependant, l’incapacité de la CEDEAO à empêcher certains coups d’État dans la région soulève des questions quant à son efficacité et à sa capacité à garantir la stabilité politique et la démocratie dans ses États membres.

L’absence de succès dans la prévention des coups d’État peut potentiellement compromettre la crédibilité de la CEDEAO en tant qu’organisation régionale de maintien de la paix et de la stabilité. Cela pourrait également susciter des inquiétudes quant à sa capacité à coordonner des mesures collectives pour résoudre les crises politiques et sécuritaires dans la région.

Cependant, il est également important de noter tout de même que la CEDEAO a réussi à jouer un rôle constructif dans certaines situations de crise par le passé, en favorisant des transitions pacifiques et en encourageant le respect de la démocratie et de l’État de droit. La situation actuelle au Niger ne doit pas être considérée comme nécessairement consacrant les prémices de la disparition de la CEDEAO. Les organisations régionales comme la CEDEAO sont confrontées à des défis complexes et à des intérêts divergents, et leur capacité à résoudre les crises dépend souvent de plusieurs facteurs, y compris des dynamiques politiques internes et externes.

 

Tony A.

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