Le Niger veut donner une nouvelle trajectoire à son secteur de l’uranium. La signature, le 23 septembre 2026 à Niamey, d’une nouvelle convention minière entre l’État et la Madaouela Mining Company (MAMICO) marque la relance du projet de Madaouela, après plus de deux années de différend autour de son permis d’exploitation. Derrière cette reprise se joue une question plus large, celle du contrôle et du partage des revenus tirés des ressources stratégiques du pays.
Uranium au Niger, l’État renforce sa participation
Le changement le plus significatif concerne la structure de propriété du projet. MAMICO est désormais détenue à 60 % par le groupe australien Atomic Eagle, qui conserve le contrôle opérationnel, et à 40 % par l’État du Niger. Cette participation publique comprend 15 % détenus gratuitement et 25 % nécessitant une contribution de l’État au financement futur du projet.
La nouvelle convention prévoit également une redevance initiale de 10 millions de dollars, ainsi que des engagements en matière de développement local et de renforcement des capacités de l’administration minière. Le gouvernement annonce par ailleurs la création d’environ 1 000 emplois, principalement au bénéfice de jeunes Nigériens.
Cette configuration traduit donc une évolution importante dans la manière dont Niamey entend négocier l’exploitation de ses ressources. L’objectif n’est pas nécessairement d’écarter les investisseurs étrangers, mais de maintenir une participation publique significative tout en conservant l’accès aux capitaux, aux compétences techniques et aux financements internationaux nécessaires au développement d’un projet minier de grande ampleur.
Madaouela, une sortie négociée après le conflit avec GoviEx
La relance du projet est d’autant plus importante qu’elle intervient après une rupture avec l’ancien détenteur du permis. En juillet 2024, le permis « Madaouela I » avait été retiré et était revenu dans le domaine public de l’État. Cette décision avait déclenché un différend avec GoviEx Uranium, qui avait engagé une procédure d’arbitrage international.
Entre-temps, GoviEx a fusionné avec Tombador Iron pour donner naissance à Atomic Eagle. Le nouvel accord permet donc à l’entreprise australienne de retrouver une position dans un projet dont elle revendique un important potentiel uranifère.
Selon Atomic Eagle, Madaouela dispose d’une estimation de ressources de 116,5 millions de livres d’oxyde d’uranium, issue d’une estimation étrangère qui doit encore être convertie selon le standard australien JORC. Le projet bénéficie également d’environ 600 000 mètres de forages historiques et d’importants travaux réalisés avant le différend.
La convention permet ainsi de transformer un contentieux en nouveau partenariat. Atomic Eagle doit poursuivre les études techniques, vérifier les ressources et rechercher les financements nécessaires au développement du projet. La signature ouvre également la voie à l’arrêt des procédures d’arbitrage liées au précédent conflit.
Après Orano, Niamey cherche un nouvel équilibre
Madaouela doit aussi être replacé dans le contexte plus large de la politique minière menée depuis le changement de pouvoir de 2023. Les autorités nigériennes affirment vouloir accroître la maîtrise nationale des ressources naturelles et diversifier leurs partenaires économiques.
Le dossier Orano illustre cette nouvelle orientation. Le groupe français affirme avoir engagé des procédures d’arbitrage après le retrait de ses droits sur certains actifs au Niger. Dans son rapport annuel, Orano indique notamment avoir engagé des procédures concernant Somaïr et le gisement d’Imouraren, contestant les décisions prises par les autorités nigériennes.
Le retour d’un investisseur australien à Madaouela montre toutefois que la recherche de souveraineté minière ne signifie pas nécessairement un retrait des capitaux étrangers. Le modèle retenu repose plutôt sur un partage à savoir une majorité privée avec Atomic Eagle, une participation publique de 40 %, des obligations financières et sociales, et un contrôle opérationnel maintenu par l’investisseur.
Pour Niamey, le véritable enjeu sera désormais de transformer cet accord en exploitation effective. La signature de la convention constitue une étape juridique et politique, mais elle ne signifie pas encore que la production d’uranium est imminente. Le financement, les études techniques, les infrastructures, les conditions du marché de l’uranium et la capacité des partenaires à respecter leurs engagements détermineront la suite du projet.
Madaouela devient ainsi un test pour la nouvelle politique minière du Niger qui est d’attirer des investissements tout en augmentant la part de l’État et les retombées locales. Le succès de cette formule pourrait peser sur les futures négociations concernant les autres ressources stratégiques du pays.

