La découverte de neuf corps de femmes dans l’est de Johannesburg, en Afrique du Sud, a ravivé une question devenue centrale dans le pays. Assiste-t-on à l’action d’un tueur en série ou à une nouvelle manifestation d’une violence faite aux femmes qui dépasse largement le cadre d’un seul criminel ? Depuis juillet, les victimes, âgées pour la plupart de 20 à 38 ans, ont été retrouvées dans plusieurs secteurs de l’Ekurhuleni. Certaines présentaient des blessures et des signes laissant penser à des violences sexuelles. Les enquêteurs étudient les similitudes entre les affaires, sans avoir confirmé qu’elles sont liées.
Afrique du Sud, la piste du tueur en série ne résume pas le problème
L’hypothèse d’un tueur en série est naturellement au cœur de l’émotion. La proximité géographique de plusieurs découvertes, l’âge similaire des victimes et certaines circonstances comparables ont conduit la police sud-africaine à mobiliser une équipe spécialisée, notamment des enquêteurs en psychologie criminelle. Mais les autorités restent prudentes : plusieurs auteurs ou plusieurs affaires indépendantes demeurent également possibles.
Cette prudence est importante. Réduire ces neuf morts à la recherche d’un « monstre » isolé pourrait masquer une réalité beaucoup plus profonde. L’Afrique du Sud connaît depuis des années des niveaux extrêmement élevés de violences faites aux femmes. Les neuf victimes ne constituent donc pas nécessairement une série criminelle au sens strict ; elles s’inscrivent aussi dans un environnement où le féminicide et les violences sexuelles représentent un problème structurel.
La réaction de la police, appelant notamment les femmes à éviter les endroits isolés et à rester vigilantes, a d’ailleurs suscité la colère de nombreuses militantes. Pour elles, le problème ne peut être renvoyé à la prudence individuelle des victimes. La question est aussi celle de la capacité de l’État à prévenir les agressions, enquêter rapidement et sanctionner leurs auteurs.
Au Cameroun, une dynamique qui présente d’autres caractéristiques
Le Cameroun connaît lui aussi une inquiétante progression des féminicides. En juin 2026, le système des Nations unies dans le pays alertait sur la recrudescence des féminicides, des violences sexuelles et des infanticides. Quelques semaines plus tard, Human Rights Watch rapportait plusieurs meurtres de femmes, notamment dans des contextes conjugaux ou impliquant d’anciens partenaires.
La comparaison avec l’Afrique du Sud doit cependant être faite avec précaution. Au Cameroun, les cas documentés mettent fréquemment en évidence des violences commises dans la sphère familiale ou par des partenaires intimes. Une analyse gouvernementale consacrée aux violences basées sur le genre relevait déjà, pour 2025, plusieurs cas de féminicides associés à des relations conjugales, à des violences sexuelles ou à des enlèvements.
Le phénomène ne relève donc pas nécessairement d’une même mécanique criminelle. Dans un pays comme dans l’autre, plusieurs facteurs peuvent toutefois se combiner; rapports de domination entre les sexes, banalisation de certaines violences, difficultés d’accès à la justice, insuffisance des mécanismes de protection et sentiment d’impunité.
Le véritable enjeu, c’est empêcher que le féminicide devienne ordinaire
C’est probablement là que se trouve le principal enseignement de ces deux situations. La question n’est pas seulement de savoir si un tueur en série sévit autour de Johannesburg. Il faut aussi comprendre pourquoi des femmes peuvent être agressées, violentées ou tuées et pourquoi les systèmes de prévention et de protection échouent parfois à empêcher ces crimes.
Au Cameroun comme en Afrique du Sud, les autorités ont annoncé des mesures et reconnu la gravité du phénomène. Mais les organisations de défense des droits des femmes réclament désormais davantage que des déclarations; des enquêtes efficaces, des dispositifs d’accueil pour les victimes, une meilleure prise en charge des violences conjugales, des mécanismes d’alerte et une justice capable de poursuivre les auteurs.
Le débat sur les neuf femmes retrouvées mortes près de Johannesburg ne devrait donc pas se limiter à la chasse à un éventuel tueur en série. Même si cette piste devait être confirmée, elle ne ferait pas disparaître le problème plus large des violences faites aux femmes. La véritable bataille est celle de la prévention, de la protection et de la lutte contre l’impunité.
Car lorsqu’une société demande continuellement aux femmes de modifier leurs déplacements, leurs habitudes ou leur manière de vivre pour éviter d’être agressées, elle risque de déplacer la responsabilité de la sécurité vers celles qui sont menacées. L’enjeu, en Afrique du Sud comme au Cameroun, est au contraire de construire des espaces où la liberté des femmes ne devient pas une prise de risque permanente.

