vendredi, février 23 2024

La décision des pays formant l’Alliance des États du Sahel (AES) de sortir de l’espace CEDEAO est une décision bien mûrie. Cette assertion du président de la transition du Burkina est confortée par le ministre malien de l’Économie et des finances, Alousséni Sanou, qui a exposé cette les avantages qu’en tire son pays.

Dimanche passé le Mali, le Burkina et le Niger ont conjointement annoncé leur décision de quitter la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedeao). Cette décision qui était prévisible, vu les tensions existant entre ces pays et l’organisation ouest-africaine, a tout de même surpris les autres pays, qui ont commencé à faire des pieds et des mains pour trouver une solution à l’amiable.

Alousséni Sanou explique les avantages pour le Mali

Dans ses propos, le ministre Alousséni Sanou a exposé plusieurs avantages de rompre avec la Cedeao. D’abord l’AES représente un espace de 70 millions d’habitants et dispose d’un avantage comparatif dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et autre. Avec cette décision, ces États vont plus facilement développer ce marché intérieur et assurer leur croissance. Sur le plan financier et à court terme, « le Mali sort très gagnant de cette affaire » a indiqué M. Sanou. Ensuite, au plan commercial, le Mali a une balance commerciale déficitaire du fait qu’il est dans la zone Cedeao-Uemoa.

En effet à peu près 59% des importations du Mali viennent des pays de la Cedeao se trouvant dans l’Uemoa et 20% viennent des pays de la Cedeao hors Uemoa, a expliqué Alousséni Sanou. Or, les exportations du Mali, qui sont essentiellement de l’or, du coton ; sont presque toutes tournées vers les pays hors Cedeao. C’est seulement le bétail qui va vers la Cedeao, a précisé le ministre, et l’ensemble des exportations vers les pays de la Cedeao représentent environ 19% du total des exportations du pays.

Aussi le mali a « à peu près un manque à gagner de 120 milliards aujourd’hui du fait qu’il est dans la Cedeao » car explique le ministre, le tarif extérieur commun de 18% est appliqué aux importations dans la zone Cedeao. Les pays ne peuvent donc pas appliquer leurs taxes douanières qui varient entre 40 et 60% selon les produits importés. Le Mali important plus de 70% de cette zone, se voit appliqué ce tarif de 18%, ce qui crée ce manque à gagner. Or quand il exporte principalement en dehors de la zone, le Mali ne bénéficie pas de ces tarifs préférentiels.

Les pays de la Cedeao hors UEMOA, représentent à peu près 125 milliards et ceux dans l’UEMOA, 120 milliards, a indiqué le ministre. « Le Mali restant dans l’UEMOA, on a un manque à gagner net de 21 milliards du fait que nous sommes dans la Cedeao », a-t-il ajouté. En quittant cette zone, « le budget (du Mali) va automatiquement sentir un accroissement de 21 milliards » s’est réjoui le ministre malien.

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 Investissements directs

D’un autre côté, Alousséni Sanou a expliqué que les trois pays de l’AES étant de l’hinterland, les investissements directs étrangers vont principalement aux pays de la communauté, du fait de leur positionnement sur la côte. Des entreprises s’y installent alors, et font bénéficier à ces pays des avantages en termes de valeur ajouté, de création d’emplois. Ceux de l’hinterland n’ayant pas ces avantages voient quand même leurs marchés intérieurs inondés les produits de ces entreprises en bénéficiant du tarif extérieur commun.

Désormais, les pays du Sahel vont avoir leur propre tarif à appliquer ce qui va amener l’investissement direct à se tourner vers eux, à cause du nouveau marché important constitué par l’AES. Un autre changement majeur évoqué par Alousséni Sanou est la question du label Origine Cedeao. Il estime que les pays de la côte ferment les yeux sur certaines conditions et attribuent le label à ces entreprises pour pouvoir jouir des investissements directs. Or avec ce label, ces entreprises exportent dans la zone en bénéficiant des tarifs préférentiels. Cette concurrence sera donc désormais combattue et l’AES pourra protéger ses entreprises.

Cette sortie de la Cedeao ne signifie pas une rupture totale avec ces pays. Le ministre a indiqué que des discussions seront menées avec les pays de la Cedeao hors UEMOA pour déterminer les termes de leurs échanges. Alousséni Sanou a rappelé à l’opinion nationale la période des sanctions de l’Uemoa et comment le Mali s’est montré résilient. Il s’est donc montré confiant et a demandé aux opérateurs économiques d’avoir confiance. Le gouvernement a mis en place une commission interministérielle qui va veiller à ce que les choses évoluent bien, a-t-il assuré.

 

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