La marche de la Coalition Article 64 (C64), organisée le mardi 15 septembre 2026 à Kinshasa contre tout projet de modification de la Constitution, s’est achevée dans la violence. Un membre de la coalition, Manassé Lomboto Bomengala, chargé de la sécurité de Prince Epenge, est décédé après avoir été blessé en marge du rassemblement. Plusieurs autres personnes, dont l’opposant Martin Fayulu, ont également été blessées. Le bilan exact reste toutefois à établir. L’opposition évoque une cinquantaine de blessés, tandis qu’aucun bilan officiel complet n’a encore été communiqué.
Marche de l’opposition à Kinshasa; un mort et plusieurs blessés
La mobilisation avait été autorisée à Kinshasa et devait partir de l’Échangeur de Limete pour se diriger vers le boulevard Triomphal, avec un point d’arrivée à proximité du Palais du peuple. Plusieurs milliers de personnes ont participé au cortège, selon les médias locaux. Dans un premier temps, la marche s’est déroulée sous encadrement policier.
La situation s’est tendue au niveau des 10e, 11e et 12e rues de Limete. Des militants présentés comme appartenant à la Force du progrès, structure proche de l’UDPS, auraient empêché la progression du cortège. La police a ensuite utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Le cortège n’a finalement pas atteint son point d’arrivée et le mémorandum que la C64 voulait porter aux autorités n’a pas été déposé comme prévu.
Le décès de Manassé Lomboto Bomengala constitue désormais le principal élément du bilan humain. Selon Prince Epenge, il aurait été agressé à l’arme blanche avant d’être évacué vers l’hôpital Olympic, où il a succombé à ses blessures. Cette version, comme les accusations visant des militants proches du pouvoir, doit encore être établie par une enquête indépendante.
Un affrontement qui dépasse la simple question d’une manifestation
L’enjeu de cette mobilisation est plus large que le seul déroulement de la marche. La C64 entend contester toute modification constitutionnelle susceptible, selon ses dirigeants, d’ouvrir la voie à une prolongation du pouvoir présidentiel.
Le débat est juridiquement sensible. La Constitution congolaise garantit la liberté de manifestation à son article 26. Elle prévoit également, à l’article 220, que le nombre et la durée des mandats présidentiels ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle.
Dans ce contexte, la violence du 15 septembre risque de déplacer le débat; au lieu de porter uniquement sur le contenu d’une éventuelle réforme constitutionnelle, la controverse porte désormais aussi sur la liberté de manifester, l’usage de la force et la responsabilité des acteurs présents sur le terrain.
Martin Fayulu accuse directement le pouvoir d’avoir organisé un « guet-apens ». Le gouvernement, de son côté, rejette les accusations de l’opposition et rappelle que le droit de manifester doit s’exercer dans le respect de la loi. À ce stade, les accusations croisées ne permettent pas d’établir indépendamment qui a provoqué les violences ni les responsabilités individuelles.
Après les violences à Kinshasa, quels leviers pour l’opposition ?
Sur le terrain judiciaire et institutionnel, l’opposition dispose de plusieurs leviers. Elle peut notamment demander une enquête sur les circonstances du décès et des blessures. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) dispose légalement de pouvoirs lui permettant de vérifier des allégations de violations des droits humains et d’accéder aux lieux concernés.
Mais transformer cette mobilisation en résultat politique dépendra surtout de la capacité de la C64 à documenter précisément les faits; vidéos, témoignages, certificats médicaux, identité des victimes et chronologie des événements. Une enquête crédible pourrait permettre d’établir les responsabilités au-delà des accusations politiques.
Le drame du 15 septembre place ainsi les autorités congolaises face à une exigence centrale c’est-à-dire faire la lumière sur les violences tout en préservant le droit au débat politique. L’enjeu pour l’opposition est désormais double; obtenir des réponses judiciaires sur les violences et maintenir la contestation constitutionnelle dans un cadre pacifique et documenté. Pour le pouvoir, la manière dont cette affaire sera traitée pourrait peser sur la confiance dans les institutions au moment où s’ouvre un débat particulièrement sensible sur l’avenir de la Constitution.

