Le Sénégal a engagé mardi 6 octobre 2026 une nouvelle phase dans la gestion de sa crise de la dette. Pour la première fois, Dakar a réuni l’ensemble de ses créanciers extérieurs dans le cadre d’une rencontre virtuelle organisée sous les bons offices du Fonds monétaire international (FMI). Il ne s’agissait pas encore de négocier les conditions définitives d’un rééchelonnement, mais de présenter la situation financière du pays, son programme de réformes et sa stratégie de traitement de la dette.
Avec une dette publique qui avoisine 130 % du PIB selon les données communiquées ces derniers mois, le Sénégal cherche désormais à obtenir suffisamment d’oxygène financier pour éviter qu’une partie croissante de ses recettes ne soit absorbée par le service de la dette.
Une dette devenue trop lourde pour les finances publiques
La crise actuelle trouve son origine dans la révélation, en 2024, d’un niveau d’endettement beaucoup plus élevé que celui qui avait été précédemment communiqué. Les nouvelles données ont profondément modifié l’évaluation des finances publiques sénégalaises et compliqué les relations avec le FMI et les marchés financiers. Les estimations évoquent plusieurs milliards de dollars de dette précédemment non déclarée.
Face à cette situation, Dakar souhaite obtenir un traitement de sa dette extérieure dans le cadre commun du G20. L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir une annulation massive, mais de rendre le profil de remboursement compatible avec les capacités financières du pays.
Le gouvernement cherche notamment à obtenir davantage de temps pour rembourser. Le périmètre annoncé concerne principalement la dette extérieure, tandis que la dette libellée en francs CFA sur le marché régional doit rester hors du dispositif.
Cette distinction est importante. Dakar veut éviter que la restructuration ne déstabilise davantage le marché financier régional tout en faisant contribuer les créanciers extérieurs.
Dakar ouvre les négociations avec ses créanciers
Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’expression « réunion des créanciers », aucun accord définitif sur les conditions de restructuration n’a été conclu mardi. La rencontre constituait avant tout une première réunion d’information et de coordination.
Le Sénégal y a présenté sa stratégie de traitement de la dette, son programme de réformes et le calendrier envisagé pour les discussions. Le FMI a, de son côté, expliqué le rôle de ses bons offices et le cadre dans lequel les créanciers devront désormais travailler.
Mais une échéance importante se dessine déjà. Selon plusieurs sources Dakar vise un accord de principe avec les créanciers officiels et les détenteurs d’obligations d’ici décembre 2026. Le Sénégal souhaite également obtenir une contribution des détenteurs de « total return swaps » (TRS), évalués à environ 1,72 milliard de dollars. Il s’agit d’un point particulièrement sensible, car ces instruments financiers sont encore peu éprouvés dans les restructurations souveraines.
Un accord encore incertain malgré l’appui du FMI
La prochaine étape sera donc beaucoup plus difficile. Il s’agira de transformer le dialogue en accord concret. Le Sénégal devra convaincre des créanciers aux intérêts différents d’accepter un traitement coordonné de sa dette.
Le FMI constitue ici un acteur central. En septembre, ses services et Dakar étaient parvenus à un accord au niveau des services sur un nouveau programme de 36 mois d’environ 2,2 milliards de dollars. Mais son approbation définitive par le conseil d’administration du Fonds dépend notamment de mesures correctrices liées aux informations financières antérieurement communiquées et de garanties de financement suffisantes.
La restructuration apparaît ainsi comme une condition essentielle pour restaurer la soutenabilité de la dette et permettre au Sénégal de retrouver progressivement l’accès normal aux financements. La réussite du processus dépendra surtout de la capacité de Dakar à obtenir un traitement comparable entre créanciers officiels et privés. Le précédent de la Zambie montre en effet que ces négociations peuvent être longues et complexes.
La réunion du 6 octobre marque donc le début véritable des négociations, et non leur aboutissement. Le Sénégal a réussi à réunir autour de la même table ses principaux créanciers et à présenter une feuille de route. Reste désormais à obtenir leur accord sur le coût réel de l’effort demandé.
Pendant que Dakar veut gagner du temps, réduire la pression du service de la dette et restaurer la crédibilité financière du pays, les créanciers, quant à eux, veulent s’assurer que les efforts consentis permettront réellement au Sénégal de retrouver une trajectoire soutenable. Les prochaines semaines, jusqu’à l’échéance visée de décembre, seront donc décisives.

